Le petit chaperon vert et sa protégée
(Par le magazine de l’Antipresse)
Pour Greta Thunberg, la ligne de clivage se dessine entre les fans et
les passifs-utiles d’un côté et les complotistes de l’autre. Ces
derniers clament à tue-tête que Greta serait manipulée par Soros sans
rien vérifier. Ils se contentent de fonder leur conviction sur le fait
qu’ils ont lu quelque part qu’une jeune allemande du nom de Marie Luisa
Neubauer, servant de chaperon à Greta, aurait travaillé pour une ONG,
qui elle-même serait financée par une autre ONG, laquelle appartiendrait
à Soros et voilà qui leur suffit. Pas à nous.
Qui est la «coach» de la jeune Greta?
Effectivement, il existe bien une Mademoiselle Neubauer, née le
21.04.1996 à Hambourg, étudiante en géographie et boursière de la
Heinrich Böll Stiftung, organe caritatif du parti des Verts. En fait,
elle a déjà un peu gravité dans les cénacles gouvernementaux.
En 2016, elle est nommée ambassadrice de la jeunesse, aux côtés d’une
soixantaine d’autres de sa génération, pour une opération dite «One»,
gérée par les charities de Bill Gates, plus particulièrement à travers
les deux fondations suivantes: «One Campaign» et «one Action».
Ces deux structures ont leur siège au 1299 Pennsylvania avenue, Washington DC, à deux pas de la Maison Blanche.
Elles ont été fondées en 2002 et sont dirigées depuis 2016 par Madame
Gayle Smith, ancienne patronne en chef de l’USAID… A l’époque, Gayle
Smith était donc à la tête d’un budget militaro-humanitaire (officiel)
de 20 milliards de dollars, dont on dit que l’Afrique a beaucoup
profité, en raison de ses accointances personnelles sur ce continent.
Avant cela, elle fut directrice «du développement et de la
démocratie» au sein du Conseil de sécurité nationale sous Obama. Conseil
qu’elle avait déjà fréquenté sous Bill Clinton de 1998 à 2001, comme
directrice des affaires africaines. En France, on connaissait très bien
quelqu’un qui avait le même genre de profil, il s’appelait Jacques
Foccart.
Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait trouvé à se recaser dans cette
ONG de Bill Gates, surtout consacrée à l’Afrique (pauvreté et SIDA). Et
même si le budget sous gestion de ladite ONG n’a rien de commun avec
celui de l’USAID, il tourne tout de même autour des 50 à 100 millions de
dollars selon les années et elle-même en tire un salaire de près de
500’000 dollars annuels, ce qui lui donne de quoi faire des emplettes.
On ne sait pas si David Cameron, qui fait partie du Board à ses côtés,
est payé aussi grassement mais ce qui est sûr c’est que cette ONG
dispose d’une belle puissance de feu au cas où il s’agirait de financer
tel ou tel.
Poursuivons sur Marie Luisa. Si elle a été recrutée comme
ambassadrice de ONE, elle est donc sur les écrans de contrôle de Gayle
Smith et doit évidemment lui servir à quelque chose, par exemple à se
rendre au G7 de 2018 en sa qualité bien opportune d’ambassadrice de One.
Ça ne mange pas de pain mais techniquement ça s’appelle justifier ses
entrées auprès des grands de ce monde pour légitimer une carrière
prochaine parmi eux.
Le parcours de Luisa nous révèle incidemment qu’elle doit être un peu
geek à ses heures perdues puisqu’elle a aussi fait partie de la
«Digital Koordination» d’un projet «Fossil Free Germany» en 2018.
On sait surtout qu’elle a travaillé en 2017 pour la fondation Right
Livelihood Award (RLA), qui décerne chaque année le fameux prix Nobel
alternatif, lequel vient justement d’être attribué à… Greta, que Luisa
coache avec tant d’abnégation. Le monde commence à devenir petit comme
on l’aime.
L’ombre de Gene Sharp
Le fondateur de RLA, le germano-suédois Jakob von Uexkull, affiche
des papiers en règle. Outre RLA, il est en effet administrateur de
Greenpeace et de Transparency International. Il est en revanche financé
de manière un peu opaque, principalement via la banque coopérative
allemande GLS, basée à Bochum, dans la Rhur, qui est spécialisée dans la
gestion des comptes de donateurs, ce qui permet assez facilement d’en
occulter l’identité. Il est également financé via une fondation sœur
installée en Suisse, à laquelle participe incidemment Annette Ringier et
sur laquelle nous allons revenir.
Certes, von Uexkull s’est fait entendre pour venir en aide à Snowden
mais on peut se demander s’il était vraiment sincère lorsqu’on découvre,
cerise sur le gâteau, que l’une des membres de son jury du Nobel
alternatif n’est autre que Jamila Raqib ! Pour mémoire, Jamila est
l’actuelle patronne de l’Institut Einstein fondé à Boston par le
vénérable Gene Sharp (1928–2018), père spirituel des Révolutions de
couleurs et lui aussi heureux lauréat du Right Livelihood Award en 2012 !
Là, on commence à barboter dans un petit marigot d’indulgences.
On notera au passage que Jamila a notamment beaucoup contribué au
dernier manuel à révolution de Sharp, au titre poétique de
Self-Liberation: A Guide to Strategic Planning for Action to End a
Dictatorship or Other Oppression (« Auto-libération: un guide pour la
planification stratégique d’actions visant à mettre un terme à une
dictature ou tout autre oppression»), diffusé gratuitement en ligne,
comme les autres.
Coïncidences d’adresse
Mais revenons à Marie Luisa Neubauer. Que faisait-elle chez RLA? Il a
fallu quelques efforts pour cela, car de nombreuses données semblent
avoir été patiemment expurgées du net, mais on arrive tout de même à
savoir qu’elle y travailla pour cette fameuse antenne suisse de RLA,
dont le siège social est à Zurich mais dont le bureau se situe
curieusement à la Maison de la Paix à Genève.
Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un fort beau complexe
immobilier que tous les pendulaires genevois reconnaissent le long des
voies de chemin de fer, juste avant d’arriver à la gare Cornavin.
C’est le prestigieux Institut pour les Hautes Études Internationales
et du Développement qui héberge ce bureau RLA enregistré au département
«Global Health», ce qui est en phase avec la campagne «One» décrite plus
haut.
Mais à y regarder de près, ce n’est pas ce que dit le CV de Marie
Luisa. On y lit en effet qu’elle a travaillé au sein du «Département
politique et sécurité» qui n’existe pas à l’Institut précité. En
revanche c’est, à un article près, le nom du Geneva Centre for Security
Policy (GCSP), logé dans
les mêmes locaux. Bien entendu, loin de nous l’idée d’associer la
paisible fondation RLA à un quelconque programme du GCSP ou autre. Mais
cette promiscuité genevoise inattendue peut nous donner l’occasion de
réfléchir à ce qui pourrait se préparer en matière de sécurité.
Des laboratoires grandeur nature?
Le GCSP est un centre de formation et de recherche que la
Confédération met notamment à la disposition de l’OTAN. En ce moment, il
existe un thème sur lequel tout le monde planche, c’est celui de
l’intelligence artificielle à usage militaire. En deux mots, on apprend
aux machines à se débrouiller seules pour inventer leurs propres
algorithmes qui permettent déjà beaucoup de choses, notamment en matière
de cyberguerre.
On sait aussi utiliser ce type de ressources pour détecter
automatiquement des profils de terroristes non fichés et c’est grâce à
ce genre de profilage qu’on peut ensuite leur envoyer des drones armés
sur la figure.
Imaginons à présent qu’on décide de développer le même genre
d’application pour une situation de guerre civile permettant par exemple
de procéder à des arrestations assistées par Intelligence Artificielle.
La première condition à tout apprentissage algorithmique de ce type,
c’est la masse d’informations individuelles requises. Il en faut des
centaines de millions. A présent, imaginons l’intérêt qu’il y aurait
pour ces programmes de polariser les foules sous des prétextes «à
blanc», afin justement de nourrir les machines. Il ne fait alors aucun
doute que le coaching de Greta serait une aubaine à cet égard. Mais il
existe évidemment bien d’autres personnages et situations qui pourraient
remplir le même rôle. Et ce n’est pas parce que Luisa ne quitte pas
Greta d’une semelle, alors qu’elle est en lien avec un laboratoire de
guerres civiles et une ancienne haute fonctionnaire américaine qui les
finance, qu’il existe un quelconque lien de cause à effet entre toutes
ces compétences et budgets, et la notoriété subite de Greta.
Mais nous ne faisons ici que tirer des plans sur la cybercomète.
Antipresse https://antipresse.net/