La classe moyenne a recours à la justice, à la police, saisies par les voix ordinaires, et acquiere des pouvoirs par le mérite (diplome, qualification, concours, élection). Si l'on peut douter de savoir si le mérite devrait être source de récompense financière, il est en revanche certain que l'argent n'est pas un mérite en soi, contrairement à ce que les idéologies anglo-saxones ne cessent de prôner.
La classe moyenne est donc porteuse de la conception classique de la France telle que dictée dans sa Constitution : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de religion."
Si elle disparait, le modèle disparait avec elle...
La proposition de Valérie Bugault pour se débarrasser de la ploutocratie, bien que sympathisant avec certains nostalgiques de l'Ancien Régime, doit être regardée de plus près, à plus d'un titre. Car même, si nous oeuvrons à la défenseur de la Révolution française et à la conception qu'en avait Robespierre..., et à la défense des avancées sociales portées par le mouvement ouvrier tout au long de l'Histoire..., nous restons maleureusement inefficace devant la dérive oligarchique et séparatiste. Une dérive qui devient de plus plus menaçante pour le peuple.... Il se peut qu'il y ait dans l'Ancien Régime des éléments oubliés qui peuvent nous être utiles.
Néanmoins le travail d'analyse et de contre-analyse est assez redoutable et nécessite de recourir a de multiple spécialités et de se confronter à l'éventail des alternatives en devenir dans un monde bouleversé par la modernité technologique.
Le premier postulat qu'il faut avoir à l'esprit est décrit par une phrase qui résume faussement les idées de Karl Marx, que certains hommes politiques aiment à citer, même s'ils n'en tiennent pas compte. "La superstructure est la résultante des rapports de forces entre classes sociales qui s'exercent dans l'infrastructure". L'infrastructure comprend l'ensemble de l'organisation économique de la société, elle compend aussi les corps intermédiaires, syndicats, groupes d'intérêt, lobbys, associations, etc.. La superstructure regroupe l'ensembles des institutions, elle comprend les lois, elle comprend les organismes non-gouvernementaux qui ont une couverture au moins nationale, et elle comprend l'idéologie dominante.
Le second postulat est philosophique sur la nature profonde de la politique, du pouvoir et de la vérité, décrite par la citation de G. Chatelet : "La politique n'est pas une technique de domination mais l'art de la liberté."
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La première question que soulève le livre est celle du droit naturel, et sur ce que l'on entend par droit naturel ? Mais la question a le défaut d'induire dès le départ quelque chose de faux, qu'est cette impression qu'il n'y aurait qu'un seul droit, qu'un seul système juridique dit naturel.
Rousseau et la question du droit naturel.
Par contre il existe des lois sociologiques, telles l'influence profonde des archetypes familiaux sur la société, décrit par Emmanuel TODD, la lutte des classes, décrit par Karl Marx, etc., et des sagesses ou philosophies qui ont fait leur preuve dans l'Histoire, ou qui sont plus ou moins constatées et démontrées autant que l'on peut parler de démonstration en sciences humaines.
Rappelons, comme le fait Maître Régis de Castelnau, quels sont les 4 sources du droits :
La philosophie des lumières fonde la morale sans recourir à la religion par un principe de relativité individuel, "je suis moi, mais je pourrai être toi, et toi tu pourrais être moi", qui abouti à la maxime de Voltaire : "ne fait pas a autrui ce que tu ne veut pas que l'on te fasse à toi".
Voici comment Voltaire introduit le droit naturel : "Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue."
Mais en y regardant de plus près, on découvrira que la seul nature n'explique pas tout, et que cela découle de la culture et des croyances davantage que de la nature. La tradition culturelle pratiquée est la coutume. La croyance partagée est la doctrine.
Et voici ce que conclut Voltaire : Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas uniquement sur ce droit naturel, il est avant tout primo-fondé sur le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, qui affirme en tout lieu : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit. ».
La meilleur définition du droit naturel reste sans doute celle de Spinoza, Spinoza : Peut-on fonder le droit sur la nature ?, de la loi de la jungle qui suit l'instinct, à la loi de la raison qui favorise l'intérêt commun.
De nos démocraties, l'évolution était prévisible.... Sans évolution spécifique, elles évoluent comme celles des USA qui pour de multiples raisons se trouve en avance de 10 ans sur nos sociétés. Aux USA, le pouvoir politique est partagé entre deux courants oligarchiques qui partagent globalement la même politique hégémonique sur le monde.
Grosso-modo la majorité de la population vote pour le candidat ayant la plus grande publicité, campagne publicitaire payée par le complexe militaro-industriel et les grandes firmes multinationales occidentales de l'énegie, de l'alimentation, des médicaments...
D'où le danger de la "fausse démocratie" lorque l'on ne garantit pas la stricte égalité du temps de parole entre les différentes offres politiques, ainsi que l'accès à l'information, prémisses nécessaires pour l'émergence d'une intelligence collective..., et que l'on sombre dans la pensé unique, la propagande, la désinformation, les fausses informations..., pas celles de quelques tubeurs fantaisistes ou de robots que personne ne prend au serieux mais celles des grandes chaines d'Etat, de la grande presse appartenant à quelques milliardaires. Car d'autres principes sont alors à l'oeuvre, des principes plus propres au Pouvoir qu'à l'Homme, et qui vont toujours en s'amplifiant pour aboutir à un monde orwelien, "1984", où les mots mêmes non plus de sense, pour servir finalement une hybris..., celle de la toute puissance d'un empire hégémonique.
Sous l'Ancien Régime, il n'était pas bon d'être plus riche que le Roi... Et généralement cela finissait très très mal pour le rival, une rivalité du pouvoir de la fortune sur le pouvoir divin séculié. Maintenant que nous sommes en République, les pouvoirs régaliens ont été d'une certaine façon transmis aux trois pouvoirs de la République que sont l'Exécutif, le Législatif et la Justice. Il devrait paraître tout autant inacceptable que des citoyens puissent accumuler plus de richesse que la République elle-même.... Puis la Révolution française nous ayant rendu davantage encore égalitariste, la question se pose plus simplement. Comment justifier l'existance de milliardaires alors qu'il y a tant de citoyens dans le besoin ? ce n'est que du vole !, de l'octroit de pouvoir par abus de faiblesse !..., et la loi devrait rendre cela impossible.